Les hommes de la situation
Et les femmes de quoi ?
Adapté des enseignements du Rabbi de Loubavitch par Yanki Tauber
Et Moïse monta vers D.ieu. Et D.ieu l’appela de la montagne, en ces termes : “ainsi tu parleras à la Maison de
Jacob et tu diras aux Enfants d’Israël...”
Exode 19, 3
“La Maison de Jacob”, ce sont les femmes ; “les Enfants d’Israël” ce sont les hommes… Enseigne les
principes généraux [de la Torah] aux femmes et dis [ses] détails précis aux hommes.
Mekhilta, ibid.
En tant qu’êtres humains, nous sommes assujettis aux lois du temps, cette force sans visage qui nous conduit
d’un passé qui s’efface, à travers un présent éphémère, vers un futur toujours fuyant.
En tant que Juifs, nous pouvons vivre une expérience plus intime du temps. Par un ensemble de Mitsvot liées
au temps, la Torah nous donne la force de nous élever au-dessus de son déroulement homogène et de
percevoir un terrain d’une grande diversité : un terrain marqué par les jours de travail et un Chabbat
hebdomadaire ; les jalons annuels que sont le Choffar, la Soukkah et la Matsa ; les semaines désignées pour
le compte de l’Omer, les jours pour mettre les Tefiline, les heures pour réciter le Chema et une kyrielle d’
autres observances liées au temps. En tant que Juifs, l’entité « temps » elle-même devient un objet parmi d’
autres dans la mission de nos vies qui est de développer la création de D.ieu, alors que nous pénétrons son
flux monotone pour révéler sa nature diverse et exploiter ses différents potentiels.
En tant que Juifs, nous pouvons vivre une expérience plus intime du temps. Et pourtant, la moitié d’entre
nous est exemptée de cet aspect de la vie juive : selon la loi de la Torah, la femme juive est affranchie de
pratiquement toutes les Mitsvot liées au temps. Ségrégation ? L’exemption de la femme des commandements
liés eu temps de concerne que les mitsvot assei ou “commandement positifs”, non les mitsvot lo taassei ou
“commandements négatifs”. Pour un exposé complet des obligations de la femme au regard de la Torah, voir
Encyclopedia Talmudit, vol. II, pp. 242-257. Il est sûr que la femme peut (et bon nombre d’entre elles le font)
observer ces Mitsvot,1 mais le fait même qu’elle n’y soit pas astreinte implique qu’elles ne font pas partie de
sa mission spécifique dans la vie. Pourquoi donc la Torah diminue-t-elle le rôle de la femme dans son
programme sur le développement du temps ?
Séparés à la naissance
Nos Sages nous disent que, quand D.ieu envoya Moïse dire au peuple juif de se préparer à recevoir la
Torah, Il l’envoya s’adresser d’abord aux femmes, et ensuite aux hommes.
Toute la communauté d’Israël a reçu la même Torah. Mais le fait que cet événement fût précédé de deux
communications distinctes, l’une aux femmes et l’autre aux hommes, implique une différence fondamentale
entre la réception de la Torah des femmes et celle des hommes. En d’autres termes, les femmes et les
hommes ne diffèrent pas seulement biologiquement et psychologiquement, mais aussi spirituellement, ayant
été investis de deux rôles différents au sein de la mission globale de l’humanité. C’est la raison pour laquelle
il y a des Mitsvot qui sont commandées seulement aux hommes et d’autres qui sont spécifiques aux femmes.
Cela ne signifie pas pour autant que chacun d’entre nous ne soit lié qu’avec la moitié de la Torah. Tel serait
le cas si l’homme et la femme étaient deux espèces différentes. Mais l’homme et la femme sont deux
dimensions d’une âme unique, séparées à la naissance et réunies à travers le mariage. Ainsi chaque âme
individuelle est chargée d’appliquer toute la Torah – sa partie masculine, agissant dans un corps masculin,
accomplissant les commandements masculins de la Torah et sa partie féminine, revêtue d’un corps féminin,
réalisant les objectifs féminins de la Torah. Dans les mots du maître kabbaliste Rabbi Isaac Louria2, « lorsque
l’homme accomplit une mitsva [commandée spécifiquement aux hommes], la femme n’a pas besoin de l’
accomplir de son côté, car elle est incluse dans l’accomplissement de son mari... C’est le sens profond de l’
enseignement de nos Sages,3 “l’épouse d’un homme est comme son propre corps.” »4
L’homme particulier
Qu’est-ce qu’implique exactement cette « division des rôles » ? L’homme et la femme sont tous deux des
créatures complexes aux multiples facettes et aucune phrase ou thèse uniques ne peuvent résumer les
nombreux aspects dans lesquels ils se complètent mutuellement. Ce que nous pouvons dire, c’est que D.ieu
qui a créé l’âme humaine et l’a séparée en deux corps et deux vies, a ordonné pour chacun un programme
pour la vie, défini dans la Torah, qui correspond aux aptitudes et aux forces de chacun. La Torah donne
toutefois un certain nombre d’indications qui éclairent certains aspects de ces rôles masculins et féminins.
L’une de ces indications apparaît dans le Midrach cité précédemment. Comme la Mikhilta le déduit du verset
Exode 19, 3, D.ieu dit à Moïse de donner aux femmes « les principes généraux » de la Torah et « ses détails
particuliers » aux hommes. La femme est liée à l’essence, soit à la globalité, de la Torah ; l’homme est lié au
détail, à la loi spécifique, à l’application précise.
[Cette distinction est également visible dans les rôles respectifs du père et de la mère dans la détermination
de l’identité de leur enfant. D’après la loi de la Torah, c’est la mère qui détermine la judéité de l’enfant : si la
mère est juive, l’enfant le sera aussi. Si la mère ne l’est pas, l’enfant ne l’est pas non plus, quelle que soit la
quantité de « sang juif » dans son ascendance. En revanche, en ce qui concerne les détails de l’identité juive
de l’enfant – son appartenance à une tribu,5 ou sa classification comme « Cohen », « Lévi » ou « Israélite »,
cela dépend exclusivement de son père.]
Ainsi donc, l’homme est celui dont la relation avec la Torah s’établit de façon plus « intellectuelle », c’est à lui
que le commandement « étudie la jour et nuit6 » est adressé. La femme, elle, absorbe la Torah à sa racine
suprarationnelle avec sa foi et sa réceptivité féminines. Elle fait corps avec la vérité de D.ieu, sans avoir
besoin de la disséquer et l’analyser, ce qui est en revanche un processus capital pour l’homme à l’esprit
analytique, mais qui ne peut que dévier sa force et réfracter l’intensité de sa lumière.
Les femmes d’abord
Ceci explique la raison pour laquelle Moïse fut d’abord envoyé parler aux femmes. La Torah fut révélée à l’
humanité en partant du niveau général pour arriver au niveau particulier, depuis le concept transcendant
jusqu’à la loi dans ses dimensions définies. À l’origine, nous reçûmes la Torah sous la forme d’une unique
parole divine qui renfermait les Dix Commandements.7 Et puis, nous entendîmes les deux préceptes de base
de la Torah « Je suis l’Éternel ton D.ieu », qui contient tous les commandements positifs, et « Tu n’auras pas
d’autres dieux », duquel dérivent toutes les interdictions.8 Ils furent suivis par la communication, par l’
intermédiaire de Moïse, des huit autres commandements et l’inscription des Dix Commandements par D.ieu
sur les deux Tables de la loi. Pendant les quarante années qui suivirent, Moïse enseigna au Peuple d’Israël
les détails de la Torah, qu’il transcrivit sous la dictée de D.ieu dans la Torah Écrite (les Cinq Livres de Moïse).
Mais la Torah Écrite, avec ses 613 commandements, n’est que le développement en détail des principes
contenus dans la « Torah Gravée » des Dix Commandements.9 De même, le développement de la Torah ne
s’acheva pas avec Moïse : trente-cinq générations d’interprétations et d’application produisirent la Michna, et
trois cents années d’analyse de la Michna nous donnèrent le Talmud. Et ce processus continue jusqu’à
aujourd’hui, les différents torrents de la Torah – Halakha, Haggada, Kabbala, ‘Hakira, Moussar et ‘Hassidout
– continuent de jaillir des sources du Sinaï, constituant une masse de sagesse et de loi en perpétuel
accroissement, dont chaque mot est intégré dans la parole unique de la révélation divine originelle.10
Ainsi, quand D.ieu envoya Moïse préparer le peuple juif, Il l’adressa d’abord aux femmes. En premier lieu, la
Torah doit être reçue telle quelle, exempte de tout débat talmudique, de théories philosophiques, d’
expériences mystiques, exempte de tout sauf de l’identification absolue avec sa vérité. « Va d’abord chez la
femme juive, dit D.ieu à Moïse, car elle est le premier canal pour ce premier pas de la communication de Ma
vérité à l’humanité. Et puis va chez les hommes et enseigne-leur les détails. Ce sont eux qui joueront le rôle
essentiel dans la seconde étape : l’application de la Torah aux détails de la vie de l’homme en ce monde. »
Les arbres et la forêt
Nous pouvons désormais comprendre les accents différents que place la Torah sur les rôles respectifs de l’
homme et de la femme dans la sanctification du temps.
La vie spirituelle de l’homme, orientée vers les détails, est un processus, une séquence d’événements
particuliers dans lesquels chaque détail est considéré dans ses propres termes et introduit à sa place dans le
contexte général. Dans le temps, c’est le domaine de l’année, du mois, de la semaine, du jour et de l’heure. C’
est donc à lui que revient la charge d’imprégner ces moments spécifiques de sainteté, de développer leur
nature et leur potentiel précis.
Mais alors que l’homme est lié à la situation, la femme est le temps incarné.11 Elle est liée à l’essence du
temps, au pur potentiel de changement et de flux qui transcende les détails du temps quantifié. Ainsi les
Mitsvot qui lui sont assignées sont principalement « neutres » en terme de temps, liées à l’ensemble de la vie
plutôt qu’à ses tranches spécifiques telles qu’elles sont définies par le calendrier et l’horloge.
Basé sur les discours du Rabbi, Chabbat Yitro 5745 (9 février 1985) et à d’autres occasions12