Le jour silencieux
Basé sur les enseignements du Rabbi de Loubavitch
Le 19ème chapitre du livre de l’Exode décrit la semaine qui précéda le Don de la Torah au mont
Sinaï. Réunissant les différents éléments du récit de la Torah, le Talmud compose la chronique
suivante de ces six jours, du 1er au 6 Sivan de l’an 2448 depuis la création (1313 avant l’ère
commune) :
1er Sivan : Les Enfants d’Israël dressent le camp au pied du mont Sinaï. Moïse ne leur dit
absolument rien en ce jour, car ils étaient épuisés par le voyage.
2 Sivan : Moïse gravit la montagne et ramène le message que D.ieu désire désigner les Enfants
d’Israël comme Son peuple élu. (Le 2 Sivan est en conséquence marqué dans notre calendrier
comme le Yom HaMeyou’has, « le jour de la désignation ».)
3 Sivan : D.ieu donne à Moïse ordre de clôturer le mont Sinaï, pour délimiter l’endroit où tous
devront se tenir lorsque D.ieu se révélera au sommet de la montagne.
4 Sivan : Il est demandé au peuple de se sanctifier en préparation au don de la Torah en
suspendant les relations conjugales et en s’immergeant dans un mikveh.
5 Sivan : Moïse construit un autel au pied de la montagne et scelle l’alliance entre D.ieu et Israël.
Le peuple tout entier proclame : « Tout ce que D.ieu commande, nous l’accomplirons et nous l’
écouterons. »
6 Sivan : Le Don de la Torah. D.ieu se révèle à la nation tout entière et communique les Dix
Commandements.
Un étrange élément de ce récit est le fait que, le 1er Sivan, « Moïse ne leur dit absolument rien
en ce jour, car ils étaient épuisés par le voyage ». Depuis le jour de leur sortie d’Égypte, les
Hébreux attendaient impatiemment l’événement le plus important de leur histoire : le jour où ils
recevraient la Torah de D.ieu. Nos Sages nous disent qu’ils comptèrent les jours (d’où notre
pratique annuelle du « compte du Omer » durant les semaines qui relient Pessa’h à Chavouot).
Cela signifie-t-il que le jour où ils arrivèrent au mont Sinaï, ils n’eurent absolument rien à faire en
préparation au grand jour ?
Au Sinaï, la sagesse divine fut révélée à l’homme. À l’évidence, l’esprit humain ne peut pas
atteindre la sagesse divine de par ses propres forces. Elle doit être donnée par D.ieu Lui-même.
Ainsi, bien que D.ieu nous commandât d’étudier la Torah dans Son désir que l’intellect humain
soit le véhicule à travers lequel nous appréhendons Sa vérité, un préalable indispensable à
l'étude de la Torah est que l’esprit fasse une totale abnégation de son ego. Ce n'est qu'après qu’
il se sera vidé de toute prétention d’être capable d'atteindre la vérité des vérités par lui-même
que l'esprit peut être un récipient apte à la recevoir. Dans les paroles de nos Sages, « un
récipient vide peut recevoir ; un récipient plein ne peut pas recevoir. »
Ainsi, le jour où « Moïse ne leur dit absolument rien » fut une partie intégrale de leur préparation
à leur réception de la Torah. Ce fut le jour où ils entreprirent « l’épuisant voyage » consistant à
vider leurs âmes de tout orgueil intellectuel pour devenir de dignes réceptacles de la vérité
divine.